En effet pourquoi un million de coopérateurs ? On m’a souvent demandé “Pourquoi ne crées-tu pas un petit système pour démarrer ? Ce serait plus facile, cela demanderait moins de moyens, les gens pourrait constater que cela fonctionne, et tu pourrais le faire croître ensuite progressivement !!”.

En fait, ce n’est pas possible. Au contraire, pour que cela fonctionne et que cela se propage, il faut d’abord avoir créé une masse critique. C’est ce que je voudrais vous montrer maintenant.

Une masse critique économique d’un million de coopérateurs

Deux raisons principales imposent de posséder une masse critique de l’ordre d’un million de coopérateurs pour pouvoir démarrer de manière efficace. Une raison technique, et une commerciale.

Premièrement, il faut se rappeler qu’une des raisons d’être de la coopérative d’échange, c’est de pouvoir organiser des relances économiques internes. Or pour qu’une relance soit possible dans un système, il faut créer un effet multiplicateur, au sens de Keynes, par conséquent, il faut que la monnaie circule majoritairement à l’intérieur du système. Ceci n’est possible que si l’offre globale du réseau de coopérateurs est très diversifiée, c’est-à-dire qu’elle satisfait une bonne partie des besoins des coopérateurs. Par exemple, il n’est pas possible de réaliser une relance dans une coopérative qui ne comprendrait que des agriculteurs. Car ceux-ci produisent tous le même type de produits et ont des besoins qui ne seraient pas satisfaits par la coopérative. Or en analysant même rapidement la diversité des besoins de la population, on se convainc facilement qu’il faut au moins quelques centaines de milliers d’acteurs économiques pour les satisfaire.

Cette conclusion théorique est confirmée par la réalité pratique.

En effet, il existe de par le monde plusieurs milliers de sociétés d’échange marchandise. Celles-ci ont quelques milliers de clients. Elles ont commencé petit, et sont restées petites. Car lorsqu’un nouveau client veut utiliser cette société, soit en tant qu’acheteur, soit en tant de vendeur, elle ne trouve pas naturellement dans son réseau de clients ce dont il a besoin, soit d’acheter, soit de vendre. Les dirigeants de cette société sont donc obligés de parcourir le monde pour trouver des acheteurs pour leurs vendeurs ou des vendeurs pour leurs acheteurs. Ils ont donc une activité commerciale, avec des rémunérations commerciales, bien trop élevées pour que cette société soit reconnue comme une banque.

Seule la société coopérative WIR possédant de l’ordre de 100000 clients peut fonctionner comme une banque, en se rémunérant avec un simple taux de gestion bancaire.

La valeur “marchande” d’un million de coopérateurs

L’autre raison tient au fait que cette coopérative d’échange ne peut fonctionner en dehors du “marché”. Car, les gens, c’est-à-dire nous, fonctionnent globalement dans une logique de marché.

La coopérative ne peut donc se développer que si elle apporte un avantage aux coopérateurs, vendeurs et/ou acheteurs. En particulier, les vendeurs, pour devenir coopérateur, devront avoir envie de vendre à travers la coopérative. Et cette envie ne peut pas être simplement idéologique. Elle doit être aussi économique. Or la valeur d’un réseau pour un vendeur, une entreprise, dépend du nombre de “contacts” qu’il contient, parce qu’il est lié au nombre probable de ventes possibles dans le réseau. Or un “fichier de contacts” commence à avoir une vraie valeur pour des vendeurs grands publics lorsqu’il avoisine le million.

Il vaut mieux que la “valeur” de nos comptes profite collectivement à la coopérative en attirant de nouveaux coopérateurs-vendeurs, plutôt qu’aux réseaux sociaux, à la grande distribution, etc. qui exploitent nos données personnelles pour leur propre intérêt.

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